Sous le nom la Carélie du Ladoga
on comprend les terres de la côte nord-ouest du lac Ladoga.
La région se distingue par ses paysages et par son climat. La
position frontalière non seulement prédéterminait
le destin particulier du pays mais stimulait l’activité
créatrice des gens. Ainsi apparut Valaam, archipel d’une
rare beauté et grand centre orthodoxe et touristique
qui accueille des visiteurs du monde entier. Outre les tsars
russes qui protégeaient ce monastère orthodoxe
dans la Finlande, beaucoup de célèbres peintres,
musiciens, écrivains y venaient en pèlerins. Parmi
eux était ALEXANDRE DUMAS père qui visita Valaam
en 1858 lors de son séjour en Russie. Ses Impressions
de Voyage dans la partie concernant Valaam restent une des plus
riches et vives descriptions d’archipel-monastère.
«Cependant nous nous approchions assez rapidement et nous
commencions d’apercevoir une espèce de passe par
laquelle on pénétrait jusqu’au cœur
de l’île (...) Nous entrâmes dans la passe,
qui, très resserrée à son ouverture, à
ce point que, du bateau, on touche presque les arbres du rivage,
s’élargit tout à coup et devient un golf
parsemée d’îles, plein d’ombre et de
fraîcheur. Il me semblait qu’en petit ces corbeilles
de verture deveraient ressembler aux îles de l’Océanie».
L’église qui impressionnait
l’ écrivain le plus est celle de Saint
Nicola, érigée en
1853 sur l’île
du même nom (architecte Gornostaev). Les mots
écrits par A.Dumas sur cette église sont devenus classiques et transmis à chaqun qui vient voir
«Bientôt, sur la pointe la plus éloignée,
qui, à mesure que nous approchions, semblait
venir à nous, nous
aperçûmes une petite église, toute
d’or et d’argent, si fraîche, qu’il
semblait qu’on vînt de la tirer de son fourreau
de velours. Elle
s’élevait au milieu des arbres
et sur un gazon qui eût
fait envie à ceux
de Brighton et de Hyde Park.Cette
église,
véritable bijou comme
art et comme richesse,
est du premier
architecte de la Russie, selon moi,
de Gornestoef»
«Nous passâmes presque au pied de l’église;
à mesure que
nous approchions, nous découvrions
des détails d’un goût ravissant ;
et, chose étrange, l’or et l’argent
étaient, quoique répandus à profusion,
si bien et si habilement répartis, qu’ils
ne nuisaient pas au goût charmant de ce petit
chef-d’œuvre architectural. C’était,
depuis que j’étais en Russie, le premier
monument qui me satisfît complètement».
«...Nous
commençâmes par visiter le petit golfe
qui plonge au centre de l’île de Valaam, dans ses
plus mystérieuses profondeurs. Rien
de plus charmant que ses baies en miniature, dans lesquelles
les arbres trempent l’extrémité de leurs
branches vigoureuses...»
L’actuel monastère
de la Transfiguration du Sauveur a repris son activité
en 1989 et compte à présent une centaine de
moines. La plupart d’eux vivent au monastère
central. Ceux qui cherchent plus d’isolement se retirent
dans les petits monastères (en russe « skite
») situés sur d' autres îles d’archipel.
Certains « skites » selon la règle ancienne
du monastère sont fermés pour les touristes,
les autres peuvent être visités. Mais outre les
skites il y a encore tant de choses à voir...
«…Les pays du Nord ont, dans la gradation et la
dégradation du jour, une gamme de tons d’un pittoresque
achevé et d’une indéfinissable harmonie
; ajoutez pour les îles l’inappréciable poésie
qui monte à la surface des eaux et qui est ce voile charmant,
cette gaze invisible quiestompe
les nuances
criardes et qui prête à la nature ce charme que
l’art prête à un tableau. J’ai cherché
partout ailleurs ces teintes moelleuses qu’avaient laissées
dans ma mémoire les crépuscules de la Finlande,
et je ne les ai jamais rencontrées».
«Le
bateau partait à cinq heures du soir pour arriver le
lendement au jour à Serdopol. Nous devions revenir
par terre, de Serdopol à Saint-Pétersbourg.
A six heures, nous saluâmes, en passant, avec nos mouchoirs,
la petite chapelle rouge, argent et or de Gornestoef et nous
lui dîmes adieu pour toujours». |